Un livret sur Cheikh Anta Diop rédigé en français et en wolof, l’œuvre est signée de Adjaratou Oumar Sall. Chercheure à l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) et cheffe du laboratoire de linguistique, Adjaratou Oumar Sall a présenté son livret, lundi dernier, au moment où se célébrait l’anniversaire de la naissance du savant sénégalais.
Par Amadou MBODJI
Qui est Cheikh Anta Diop ? C’est le titre du livret que Adjaratou Oumar Sall a consacré à Cheikh Anta Diop. Ce livre, écrit en français et en wolof, est un livre de vulgarisation, destiné à rendre l’œuvre de Cheikh Anta Diop accessible à tous, notamment aux enfants et aux jeunes. «C’est un livre d’abord de vulgarisation. Il a été produit à la suite de l’exposition sur le centenaire de Cheikh Anta Diop. Il y avait une exposition sur la vie et l’œuvre de Cheikh Anta Diop, mais on s’est rendu compte qu’en général, tous les écrits sur Cheikh Anta Diop, la vulgarisation de son œuvre, la connaissance de Cheikh Anta Diop en tant qu’homme de science africain sont toujours faits au niveau de l’université et au sein des élites africaines. Nous nous sommes dit que là, il faut que le savoir sorte de l’université, pour aller dans les familles, pour aller vers les enfants, pour que les enfants puissent découvrir qui est Cheikh Anta Diop», fait savoir Adjaratou Oumar Sall, chercheure à l’Ifan de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) et cheffe du laboratoire de linguistique de l’Ifan, lors d’une cérémonie de présentation tenue lundi dernier au point E, plus précisément à l’espace Téere ak Teraanga.
Selon l’auteure, le nom de Cheikh Anta Diop résonne partout, mais son héritage reste méconnu du grand public. «Même à l’université, les étudiants ne savent pas réellement qui est Cheikh Anta Diop, ce qu’il a réellement fait. Il y a beaucoup de discours sur Cheikh Anta, son nom est connu, mais on ne sait pas réellement ce qu’il a fait. Donc, c’est ça encore l’objet de l’élaboration de ce livre-là sur Cheikh Anta Diop pour juste montrer aux enfants qui était ce savant africain», soutient-elle. Revenant sur le choix d’écrire un livre bilingue en français et en wolof, Mme Sall explique que c’est d’abord pour sortir de l’université et aller vers le Peuple. «Quand on fait de la vulgarisation, on la fait dans la langue du Peuple. Aujourd’hui, la langue véhiculée au Sénégal, c’est le wolof. Bien sûr, quand nous aurons l’occasion et les possibilités, nous allons aussi le faire dans les autres langues du Sénégal. Mais pour le moment, c’est le wolof. La deuxième chose, c’est qu’il y a beaucoup de personnes qui aimeraient connaître Cheikh Anta Diop et qui ne parlent pas réellement le français», explique l’auteure. «Avec l’introduction des langues dans les écoles, nous avons besoin de manuels didactiques, de manuels parascolaires, c’est-à-dire de livres que l’enfant peut lire en dehors de l’école, avec sa famille. Comme c’est l’école bilingue, en français et dans les autres langues, nous avons dit que nous allons faire ce livret en bilingue. Mais la science de Cheikh Anta Diop est une science pure, une science fondamentale. Et il y a beaucoup de terminologies qu’on n’a pas. Quand on fait la traduction en langue nationale, c’est un peu compliqué, c’est difficile. Les gens peuvent, avec le wolof qu’on a traduit, qu’on a adapté, ne pas comprendre certains éléments. C’est pour ça qu’on a laissé le français. Le français peut être un support, un appui pour ceux, par exemple, qui peuvent lire le français et qui aimeraient également comprendre le wolof, de voir un peu les correspondances. Il y a une terminologie qui est dans le livre, par exemple, archéologie, énergie, etc. Ce sont des mots nouveaux que nous avons pu identifier, que nous avons pu mettre dans le livre, mais c’est une terminologie nouvelle. C’est pour ça que nous avons laissé le français, pour un peu que ce soit aussi un support, une aide pour le wolof», indique-t-elle.
Une version numérique en gestation
Une version numérique du livre est en gestation pour pousser les utilisateurs des réseaux sociaux à se l’approprier. «Ce n’est pas seulement au Sénégal, c’est partout dans le monde, les jeunes ne lisent plus, à quelques exceptions près. Avec l’éducation bilingue, nous avons besoin de livres. Nous allons donc faire des livres numériques. Ce livre a été élaboré et diffusé avec l’aide de Cheikh Mbacké Diop, le fils de Cheikh Anta, de l’Ifan également. Donc, nous n’en faisons pas un livre à profit pour l’auteure. Nous en faisons un livre de vulgarisation. Et quand on dit vulgarisation, c’est le support physique, le livre physique. Mais nous allons faire également un livre numérique, nous allons essayer de le partager un peu. Et comme les enfants et les jeunes lisent beaucoup d’histoires sur TikTok, dans les réseaux sociaux et autres, nous allons également essayer de trouver des collaborations avec d’autres personnes qui peuvent faire la communication, qui peuvent adapter les informations du livre dans les réseaux sociaux», souligne Mme Sall. Elle précise que le langage adopté dans cet ouvrage reste simple. «Nous avons réécrit l’exposition dans un français assez simple pour pouvoir être accessible aux enfants et aux jeunes», admet-elle. Né le 29 décembre 1923, Cheikh Anta Diop est décédé le 7 février 1986. En avance sur son temps, Cheikh Anta Diop était un visionnaire. Ses idées sur l’énergie, la sécurité de l’Afrique, l’environnement et l’importance des langues africaines sont toujours d’actualité.
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