Joal-Fadiouth – 1500 élèves formés aux enjeux marins : L’appel pressant pour sauver l’éducation environnementale à l’école

Après trois ans de succès sous l’impulsion de la Fondation Ocp, le programme d’éducation marine de Joal-Fadiouth arrive à son terme. Alors que 1500 élèves ont été transformés en «ambassadeurs de la nature», les acteurs locaux se mobilisent pour que cette graine d’écocitoyenneté ne meure pas faute de financement.

Par Alioune Badara CISS – L’heure est au bilan, mais surtout à l’offensive pour la commune de Joal-Fadiouth. Ce week-end, une cérémonie de remise de prix aux lauréats du concours de «génie en herbe» s’est transformée en un véritable plaidoyer pour la survie d’une initiative pionnière. Depuis 2021, grâce au soutien de la Fondation Office chérifien des phosphates (Ocp), l’école est devenue le premier rempart de la biodiversité marine locale.

Un succès pédagogique aux chiffres éloquents
Le bilan de ces trois années d’intervention (octobre 2021-2024) force le respect : 1500 élèves formés directement aux enjeux climatiques et marins, 16 écoles totalement impliquées dans le cursus environnemental, une dynamique communautaire incluant enseignants, parents et conservateurs.
Le Colonel Momar Sow, Directeur des aires marines protégées (Damp), qui présidait la cérémonie, a salué cet impact massif : «Vous êtes la génération du changement. Ne sous-estimez jamais la puissance de vos actions», a-t-il lancé aux élèves, rappelant que ces enfants sont désormais les leaders d’une transition écologique devenue vitale pour le Sénégal.

L’angoisse du «vide» après le retrait de la Fondation Ocp
Malgré les sourires des élèves repartant avec leurs kits scolaires, une ombre plane sur la lagune. Le financement de la Fondation Ocp touchant à sa fin, le risque d’un arrêt brutal du programme inquiète le corps enseignant. Jean-Marie Faye, porte-parole du collectif des directeurs d’école, a exprimé cette vive préoccupation : «L’éducation environnementale est un processus continu. L’interrompre aujourd’hui, c’est fragiliser les acquis et compromettre l’avenir de l’Aire marine protégée (Amp).» Pour les acteurs de terrain, la protection de la mangrove et la gestion des déchets ne doivent pas être des projets éphémères, mais des piliers du programme scolaire permanent.

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Vers une pérennisation locale et étatique
Face à l’urgence, la solidarité s’organise. La maire, Aïssatou Sophie Gladima, a pris l’engagement personnel d’accompagner le programme pour assurer la transition jusqu’à l’arrivée de nouveaux partenaires. Un soulagement partagé par Abdou Karim Sall, président du Comité de gestion de l’Amp, qui plaide pour que ce modèle joalien soit dupliqué à l’échelle nationale.
Le volet pédagogique, lui, reçoit un renfort concret : Modou Fall Guèye, directeur du Centre d’éducation et de formations environnementales (Cefe), a annoncé le don de 200 guides pédagogiques à l’Amp. «Eduquer un élève, c’est garantir la durabilité des ef­forts de conservation. La loi seule ne suffit pas, il faut former les consciences», a-t-il martelé.

Quel avenir pour les ambassadeurs de la nature ?
L’enjeu dépasse désormais les murs de l’école. Ces 1500 élèves ont pour mission de transformer leurs foyers et leurs quartiers en modèles de responsabilité écologique. A Joal-Fadiouth, la graine de la conscience marine est semée. Reste à savoir si l’Etat et les partenaires privés sauront prendre le relais de la Fondation Ocp pour arroser ce jardin de l’espoir climatique.
abciss@lequotidien.sn

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